Comprendre la douleur chronique

Comprendre la douleur chronique

La douleur chronique affecte plus de 1 million de canadiens. Celle-ci a souvent un impact négatif sur la qualité de vie des personnes qui doivent composer avec cette réalité au quotidien. Les diagnostics pouvant être associés à la douleur chronique sont variés et incluent la fibromyalgie, l’arthrite, l’arthrose, un cancer, une lésion des nerfs, etc. 

Le présent article se penche sur la définition et la compréhension de la douleur. 

La douleur, c’est quoi?

Tout d’abord, il faut s’entendre sur une définition de la douleur. Celle-ci peut se définir comme «une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à un dommage tissulaire réel ou virtuel, ou décrite en termes d’une telle lésion»1. Il s’agit également d’une expérience personnelle et subjective2,3,4. Dans tous les cas, il faut prendre pour acquis que lorsque qu’une douleur est rapportée par quelqu’un, c’est qu’elle est VRAIE!

Avoir mal, à quoi ça sert? 

En aiguë, la douleur est un signal d’alarme, une indication que le cerveau perçoit une menace ou un dommage pour le corps3,5. Ce signal est essentiel à la survie, puisqu’il permet de nous informer, par exemple, d’une blessure (ex : coupure, fracture, brûlure), d’une atteinte d’un organe (ex : appendicite) ou de toute autre situation indésirable. La douleur a également un effet sur notre comportement, nous permettant d’adopter et de développer des attitudes et réactions de protections utiles pour éviter des blessures futures. Par exemple, retirer la main de l’eau bouillante ou changer de position en cas d’inconfort. Cependant, il est possible de ressentir de la douleur même en absence d’une menace réelle pour le corps. Cette situation est fréquente en cas de douleur chronique. 

La douleur chronique, c’est quoi?

Souvent, on parle d’une douleur chronique lorsque celle-ci persiste dans le temps pour une période de plus de 3-6 mois. Plus précisément, une douleur est dite chronique lorsqu’elle dure depuis plus longtemps que le temps de guérison attendu pour un problème en cause6,. Ce type de douleur est souvent non soulagée par des traitements basés sur des méthodes habituelles de contrôle de la douleur, telles que des analgésiques (ex.: Tylenol, Advil, Naproxen, etc.).

Autrement dit, la douleur est présente même si la blessure est guérie. 

La douleur, comment ça fonctionne? 

Lorsqu’une blessure survient, une séquence d’événements se produit avant de ressentir la sensation de douleur. 

Étape 1. Stimulation des récepteurs de la douleur

En réponse à une source de douleur, les récepteurs de la douleur, appelés nocicepteurs, vont être stimulés. Ces récepteurs sont présents dans la majorité des tissus. 

Étape 2. Envoi du signal par les nerfs vers la moelle épinière 

Ensuite, les récepteurs stimulés acheminent un signal électrique par les nerfs jusqu’à la moelle épinière. Il s’agit d’une zone de relais avant l’envoie du signal au cerveau, impliquant une modulation du signal. Ainsi, dans cette zone, le signal de douleur peut être augmenté ou diminué. 

Étape 3. Transmission du signal vers le cerveau

Le signal passe de la moelle épinière vers le cerveau. L’information est copiée et envoyée vers différents sites du cerveau qui sont tous impliqués dans l’interprétation du signal (cortex sensoriel, insula, cortex préfrontal, système limbique, etc.). 

Étape 4. Interprétation du signal 

Le cerveau procède alors à l’interprétation du signal reçu. Il va identifier la source, l’intensité et la nature de la douleur. Ensuite, il va envoyer une commande motrice pour réagir afin de réduire la sensation de douleur. En plus, une réaction émotionnelle est également produite. Cette réaction émotionnelle peut être de deux formes possibles, soient des pensées et émotions positives rassurantes ou bien négatives dramatiques. 

Pour représenter la suite des évènements, prenons l’exemple d’une douleur aiguë en approchant la main d’un feu. 

À un certain niveau de température, les récepteurs sont stimulés (Étape 1) et l’information est envoyée vers la moelle épinière (Étape 2). Par la suite, le signal poursuit son chemin vers le cerveau où il va être interprété comme une douleur de type brûlure (Étape 3). La commande motrice en réponse au signal de douleur devrait normalement être de retirer la main du feu le plus rapidement possible (Étape 4). Finalement, une réaction émotionnelle «normale» serait d’être rassuré après avoir constaté que la main n’est pas blessée de façon importante.

Douleur et modulation

En revanche, le cerveau a la capacité de moduler le signal reçu. Cela signifie qu’il peut modifier son interprétation, en fonction de différents éléments, dont le contexte de la blessure, les émotions, la mémoire et la partie du corps atteinte. Ainsi, cette modulation implique que la douleur perçue peut être augmentée ou diminuée.

Autrement dit, la douleur est une interprétation d’un signal produite par le cerveau. Mais pourquoi, dans certains cas, le cerveau continue de produire de la douleur bien que la blessure soit guérie?

Le prochain article va porter sur l’explication du passage de la douleur aiguë à chronique et va présenter des méthodes pour gérer la douleur. Restez à l’affût!

Références:

Merskey H, Bogduk N. (1994). Classification of Chronic Pain. Seattle, IASP Press.

Greenberg EN. (2012). The Consequences of Chronic Pain. Journal of Pain & Palliative Care Pharmacotherapy, 26:64-67.IOM, 2011.

Marchand S. (2009). Le phénomène de la douleur. Chenelière Éducation, 2e édition; Montréal, 378 p.

Butler Ds et Moseley GL. (2010). Explain Pain. Noigroup Publications, Adelaide, 129 p.

Waddel G. (1998). The Back Pain Revolution. London, Churchill Livingstone.